PREMIER COLLOQUE DU CPSM

Les personnes qui allaient constituer plus tard le CPSM, avaient organisé leur premier colloque pour la région de Montréal, le secteur des Laurentides y compris, le 5 décembre 1984 à l'hôpital Louis-H. Lafontaine. Il s'agissait d'une rencontre débutant à 16h.00 avec l'accueil, comprenant ensuite un exposé par le P. Saint-Arnaud, le témoignage d'une personne ayant souffert d'une dépression nerveuse, et d'un travail en ateliers, le tout se terminant vers 21h.00. Le sujet de ce colloque était

l'intervention pastorale en milieu psychiatrique

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Dans son exposé, le Père Yvon St-Arnaud traitait successivement des points suivants:

  1. L'expérience du malade
  2. Les conditions d'aide
  3. Les qualités de l'aidant
  4. Le secteur spécifique de la Pastorale

L'expérience du malade peut être assez troublante, lui faisant perdre contact avec la réalité plus ou moins. Le conférencier a utilisé les termes suivants: l'engloutissement (d'où la peur de s'approcher d'autrui), l'implosion ("éclater par en dedans", d'où le sentiment de vide, de rien), la pétrification (pour se protéger), la dépersonnalisation (je n'existe plus comme une personne), et la possession par un moi étranger (exister par des moi d'emprunt).
La présence de l'animateur ou animatrice de pastorale devient alors capitale, car il représente de l'espoir, la possibilité d'exister, de trouver un sens à la vie.

Quant aux conditions d'aide, le P. St-Arnaud les a présentées ainsi:

  • Entrer dans le vécu global du malade, dans ses schèmes de vie. Ne pas s'arrêter aux symptomes.
  • L'identification, c'est-à-dire s'engager envers lui, s'embarquer (l'empathie).
  • L'incorporation: que l'expérience de l'autre prenne sens pour moi, que je puisse l'"absorber".
  • La répercussion: sentir ce que l'autre vit.
  • Le détachement: ne pas se perdre dans l'autre.
  • Le respect de la différence.
  • L'accueil de la dimension spirituelle. Ne pas avoir peur d'aborder cette dimension.
  • Les qualités d'un aidant peuvent se résumer ainsi: ne pas projeter ses propres "bébites" sur l'autre; ne pas niveler l'expérience de l'autre; éviter l'autoritarisme, ne pas imposer sa façon de voir (masque parfois la peur ou la projette); être empathique; être perspicace, c'est-à-dire savoir écouter (les premières phrases disent tout); établir un contact chaleureux sans ambiguïté (tenir compte de ce qui est accepté dans le milieu).

    Enfin, , le secteur spécifique de la Pastorale suppose qu'on acceuille l'expérience religieuse du malade, qu'on voit clair dans sa relation à Dieu (très important pour le malade; ne pas nier sa culpabilité), qu'on lui permette l'expérience de la chaleur de Dieu (l'amour de miséricorde - à ne pas confondre avec la pitié - doit passer à travers nous), qu'on aborde les questions fondamentales (toujours en cause dans la dépression et les maladies mentales), et qu'on éveille à la dimension eschatologique (si quelqu'un retrouve l'espérance, il s'insère dans toute l'histoire du salut).
    De fait, les animateurs et animatrices de la pastorale de la santé sont appelés à être des spécialistes de la miséricorde. Il est aussi très important de savoir "attendre", de ne pas s'imposer mais d'accompagner l'autre dans son cheminement spirituel et religieux à son rythme, là où il est.

    Quant à nos rapports avec les autres professionnels, surtout les psychiatres, ceux-ci peuvent parfois craindre que notre présence complique la situation. Scientifiquement, il n'y a pas de preuve que la religon, pas plus que la chasteté, rend fou ou malade. Tout dépend de la façon de la vivre.


    En deuxième partie de la rencontre, les participants ont accueilli le témoignage de Mme X, laquelle partageait avec nous comment la foi l'avait aidé lors de sa dépression nerveuse et ce qu'elle avait constaté au niveau spirituel en milieu psychiatrique. Après 34 années d'enseignement et avoir travaillé comme cadre à la Commission scolaire de Montréal,elle avait pris sa pré-retraite. La dépression s'est manifestée après un essai d'études en droit et un retour à la maison. La grande question: comment trouver un sens à la vie?
    Elle avait perdu tous ses intérêts (musique, peinture, couture, études, prière), connaissait de longues insomnies, et le magasinage était devenu un supplice. Son entourage croyait qu'elle manquait de volonté, ses amis ne la comprenaient plus, eet elle devenait étrangère à elle-même, se trouvait dépersonnalisée.
    L'idée du suicide la tentait. Mais elle concevait sa vie comme un don de Dieu et son corps comme le temple de l'Esprit. Comment renier les enseignements qu'elle avait donnés pendant des années à tant de générations d'élèves. Le recours au sacrement de la confession l'a finalement libéré des idées de suicide. Par contre, la suggestion d'aller voir un psychiatre l'avait humiliée, révoltée. Mais, elle a passé ensuite un mois dans un hôpital de la région et deux semaines à l'hôpital Douglas.

    En milieu psychiatrique, elle a constaté au niveau spirituel qu'on a fait le tour de toute sa personnalité sans toucher à la dimension spirituelle. On ne lui a même pas demandé qu'elle était son appartenance religieuse. C'était comme une conspiration du silence. Pourtant, la prière a une valeur thérapeutique (cf. Alexis Carell: L'homme, cet inconnu, et cette dimension était sa valeur la plus précieuse. Elle a vraiment constaté un divorce entre la science psychiatrique et la religion. Parler de Dieu ne serait pas assez scientifique. Les professionnels se réfèrent exclusivement aux données scientifiques. Les psychiatres sont de bons diagnosticiens en ce qui concerne les maladies mentales, mais il n'ont aucun savoir en counseling.


    Quant aux ateliers, les participants ont répondu à trois questions:
  • Avez-vous des contacts avec des psychiatres?
  • Quelles difficultés rencontrez-vous?
  • Quels moyens prendre pour surmonter ces difficultés?

  • En réponse à la première question, dans deux ateliers, 4 personnes affirmaient avoir des contacts, et 9 disaient n'avoir aucun contact; dans deux autres ateliers, on mentionnait 4 hôpitaux sans département de psychiatrie, et quelques participants mentionnaient avoir des contact très occasionnels.

    Quant à la deuxième question, les échanges peuvent se résumer de la façon suivante:

    On ne se fait pas confiance. On a peur l'un de l'autre. Nous manquons de crédibilité. Notre formation (en pastorale de la santé mentale) n'est pas adéquate: au niveau scientifique et linguistique nous sommes désarmés. C'est vrai aussi que nous ne nous rendons pas toujours assez disponibles, que nous trouvons ne pas avoir le temps. Par ailleurs, nous ne nous faisons pas toujours connaître ou bien nous n'avons pas le moyen de nous faire connaître.
    La méfiance à notre égard peut être liée à une certaine jalousie créée par la facilité avec laquelle les patients vont s'ouvrir à nous. Elle peut aussi être due au manque de préparation de notre part. Nous rencontrons aussi un certain anticléricalisme consacrant le divorce entre l'animateur de pastorale et le psychiatre. Il faut aussi tenir compte du fait que parfois nous arrivons dans une équipe qui fonctionne déjà depuis longtemps.
    Nous manquons de courage, d'audace, de feu sacré. Nous devrions pouvoir trouver notre place parmi les professionnels. Les spécialistes pensent que les soins est de leur ressort. La direction et les cadres manquent d'information et de formation quant à notre rôle.

    Enfin, quant à la troisième question et aux moyens à prendre pour surmonter ces difficultés, les participants ont proposé de dialoguer davantage avec la direction des soins, d'apprivoiser le personnel, de siéger sur le conseil de département, d'écrire dans le journal de l'hôpital.
    On voudrait aussi une intégration dans les équipes, mais cela soulève le problème de la confidentialité: jusqu'à quel point pouvons nous faire état de confidences reçues?
    Enfin, on suggère d'inviter le professionnel afin de nous dire ce qu'il attend de nous, de devenir plus compétent, de connaître davantage la psychologie humaine, de développer le respect des compétences et d'établir des relations claires.


    Beaucoup de remarques faites durant ce colloque doivent être situées dans le contexte des années '80 du siècle passé. Au début du 21ième siècle, les psychiatres sont de plus en plus éveillés à l'importance de la dimension spirituelle dans le vécu des usagers.

    Notons aussi que nous avons remplacé le terme "aumônier", alors en usage, par "animateur et animatrice de pastorale de la santé".


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