QUINZIÈME COLLOQUE DU CSSSM


GRANDIR AVEC NOS MALAISES FACE À LA MALADIE MENTALE

Le vendredi 26 mai 2006 se tenait à l'Hôpital Louis-H. Lafontaine à Montréal le 16ième colloque du Comité de soins spirituels en santé mentale, nouveau nom de l'ancien comité de pastorale en santé mentale.

 Genèse du projet.

Dans la foulée du colloque précédent, où notre personne-ressource (Richard Langlois) était quelqu'un qui avait su négocier avec les composantes de sa maladie bipolaire (maniaco-dépressive), le comité a décidé de trouver à nouveau une personne capable de partager avec les participants-es son expérience très personnelle des problèmes en rapport avec la santé mentale. Julie, étudiante de 2e cycle en théologie fut cette personne qui a osé relever le défi.

Le colloque fut conçu de manière à favoriser les échanges entre les conférenciers-ères et les participants-es et proposait un apprivoisement des difficultés personnelles que rencontrent les intervenants-es en soins spirituels face à leurs propres limites reflétées par les personnes souffrant de maladies mentales ou vivant des problèmes de santé mentale.

Le point central de la rencontre se déroulait autour d’un témoignage. Celui de Julie. En échangeant avec Julie, les membres du comité ont relevé trois thèmes principaux qui revenaient dans son discours : le suicide, la possession et la dépersonnalisation. Des réalités que les intervenants-es spirituels-les rencontrent fréquemment dans l'accompagnement des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale et qui sont de nature à susciter des malaises.

Ainsi donc, en plus du témoignage de Julie, les participants-es pouvaient profiter d'un panel composé de Dr Daniel Bordeleau, psychiatre et analyste jungien, qui a commenté l'expérience de fascination de la mort de Julie; de Mme Rachel Migneault, infirmière-psychothérapeute et guide spirituel depuis plus de douze ans, qui a abordé le volet possession et de Mme Diane Marentette, medium et chamane en formation, qui s’est intéressée au phénomène de dépersonnalisation.

 Réalisation du projet.

Parce que le comité avait l'impression que le sujet et le format du colloque allait intéresser non pas seulement les intervenant-es en soins spirituels mais aussi d'autres professionnels dans le domaine de la santé mentale, une vaste campagne de publicité fut entreprise et l'auditorium de Louis-H. fut réservé pour recevoir un grand nombre de participant-es.  De fait, le colloque n'a réuni que trente-deux personnes incluant la personne-ressource et les trois panélistes. Certains commentaires reçus semblent indiquer que, au-delà du thème annoncé, il faut compter non pas seulement avec des malaises face à la maladie mentale, mais aussi avec des malaises face à des religions non-chrétiennes et des courants de pensée qui ne cessent d'attirer nombre de gens et auxquels les personnes qui nous rencontrons dans le milieu psychiatrique ne restent pas étrangères.  Toujours est-il que les participant-es au colloque l'ont grandement apprécié et sont repartis heureux et enrichis.  Sans insister sur le déroulement, voici le contenu du colloque.

 Le témoignage  de Julie

Le cheminement de Julie fut résumé par Claude Mailloux, co-président du CSSSM, comme une déconstruction - construction sur les chemins de la fragilité humaine.

Un cheminement qui commence en 1962 où Julie est donnée en adoption, dans les premières semaines de sa vie. Elle arrive dans une famille qui avait déjà une histoire avec deux autres enfants adoptés. Une petite fille qui y vécut trois à quatre ans et qui fut reprise par sa mère biologique, puis une deuxième petite fille née d’un viol et qui a failli mourir trois fois dans la première année de sa vie. Cette deuxième fille n’a pas deux ans quand Julie arrive.

À deux ans, Julie se coupe un doigt et a dû subir une chirurgie. Son père adoptif est venu la reprendre à la fin de son séjour accompagné par une amie de la famille qui lui apporta un énorme bouquet de ballons remplis d’hélium. Elle donna ces ballons à un petit garçon de six ou sept ans qui se mourrait de leucémie et elle lui dit qu’ainsi il lui serait plus facile de monter au ciel. Rendue dans l’auto, l’amie du père l’a violemment sermonnée en lui disant que ces ballons lui avaient coûté horriblement chers.

De cette époque, elle se souvient aussi d'une masse noire qui l'étouffe, sentiment lié sans doute à des comportements incestueux. Lorsqu’elle contacte cet espace en elle, il lui vient une grande terreur et un sentiment qu’elle n’a pas le droit de vivre.

À trois ans, elle fait une tentative de suicide en se laissant couler dans le fond d’une piscine publique. Il lui semble que c’est son père adoptif qui vient la récupérer et lorsqu’elle a voulu lui en parler, celui-ci l’a traitée de folle. Elle se souvient d’avoir sauté expressément pour ne plus remonter et se souvient du sentiment de plénitude qu’elle a vécu durant les quelques secondes qu’elle a flotté au fond des eaux.

Elle se souvient d’avoir subi la violence de sa mère adoptive dès l’âge de quatre ans, celle-ci lui exprimait du mépris et lui inspirait de la honte.

Durant un voyage en Floride, à l’été de ses cinq ans, elle se souvient d’avoir écouté les propos vulgaires de deux hommes sur le bord de la piscine. Ce qui lui rappelait son grand-père incestueux, très vulgaire et méchant. Il faisait souvent pleurer les enfants, mais était excusé par sa fille, la mère adoptive de Julie, et le conjoint de celle-ci, le père adoptif de Julie. Il a habité la maison familiale pendant quelques années. À son départ, lors de sa mort, Julie avait onze ans et a hérité de sa chambre. C’est alors qu’elle s’est mise à développer des comportements masochistes.

À treize ans, elle fait une autre tentative de suicide. L'année suivante, elle a un “chum” et ne comprend pas pourquoi celui-ci ne la coince pas dans un coin pour la forcer à des gestes sexuels. Elle pense qu’il ne l’aime pas vraiment et vit de la confusion de l’émergence de ce discours intérieur.

Pendant ses secondaires IV et V, elle suit des cours chez les Ursulines et connaît une belle période. Cependant, à seize ans, elle est agressée sexuellement par une bande d’adolescents dont elle a la charge dans le cadre d’un emploi d’animatrice dans un camp de jour. Sa mère adoptive, qui lui avait procuré ce travail, jette la faute sur elle en la traitant de dévergondée et elle perd son emploi.

C’est à cette période qu’elle commence à consommer de l'alcool et du cannabis.

Elle est violée dans les bois en vacances alors qu’elle a consommé beaucoup d’alcool et ne se rend pas vraiment compte de ce qui lui arrive.

Durant ses études collégiales, elle subit une autre agression sexuelle, cette fois-ci avec séquestration. L’agresseur est une connaissance de la famille d’une amie. Grâce à une tempête de neige deux voisins arrivent pour voir si l’homme, où elle est retenue contre son gré, a besoin de quelque chose puisqu’ils se rendent en ville malgré la température et elle en profite pour partir avec eux.

Un peu avant ses dix-huit ans, elle quitte la maison familiale et vit dans la rue. Elle abandonne ses études, part pour l’Ouest Canadien et se retrouve enceinte. Elle est incapable de se faire avorter. Elle revient à Sherbrooke, enceinte de sept mois pour y accoucher mais n’a pas encore vu de médecin et a très peur. Elle accouche à vingt ans.

Lorsque sa fille a sept mois, elle quitte le père et doit se cacher de lui pendant quelque temps. Celui-ci étant violent et dangereux. Elle tombe alors en dépression. Il lui revient sans cesse les paroles de sa mère adoptive lui disant qu’elle est folle, qu’elle est possédée du diable et qu’elle est une méchante fille. Elle n'ose donc pas rencontrer personne pour de l’aide craignant d’être jugée et condamnée à se faire dire ce que sa mère adoptive lui répétait interminablement.

À l’âge de vingt-trois ans, elle trouve sa mère biologique qui accepte de la rencontrer mais ne lui a jamais raconté pourquoi elle ne l'avait pas gardée.

À vingt-cinq ans, Julie s'inscrit au baccalauréat en service social. Durant ses études, elle apprend à mieux se connaître et à travers les histoires de familles dysfonctionnelles elle reconnait sa famille adoptive et surgit enfin le désir de se raconter par le biais d’une thérapie. Malgré cette nouvelle étape, elle reste aux prises avec la drogue et l’alcool et elle fait, à vingt-huit ans, une troisième tentative de suicide, avalant une trentaine de pilules.

Elle choisit d’aller encore plus loin dans sa démarche et demande l'aide d'un travailleur social qui lui apprend comment vivre avec sa fille dont elle a toujours pris soin autant que possible, quitte à voler de la nourriture plutôt que de connaître le mépris de ses parents adoptifs en recevant d'eux des sacs d'épicerie. Elle parvient à décrocher son baccalauréat en service social, mais ne se sent pas prête à aider les gens. Elle rencontre alors quelqu'un qui l'intéresse à la théologie.

À trente ans, sa mère adoptive se meurt d'un cancer et elle a des contacts sporadiques avec elle, malgré la volonté du père qui aurait voulu qu'elle soit là à des périodes régulières pour faire son “chiffre”, comme il disait. À un moment, sa mère adoptive, dans un début de démence, lui crie sur un ton démoniaque: « toi, j’comprends pas pourquoi, mais y fallait que j’te fasse mal !! ». Julie lui répond: « c'est correct, vas-t-en en paix, je vais m’occuper de moi ». Il n'y avait plus de faux semblants entre les deux. Et elle s'éteint. Julie sait maintenant que ses souffrances n’étaient pas le fruit de son imagination.

Plus tard, Julie connait une quatrième et dernière tentative de suicide, après avoir rencontré un autre homme de qui elle se retrouve enceinte. Elle n’avait toujours pas l'intention de se faire avorter, mais un avortement spontané s'est produit et elle n'a pas pu se rendre à terme.

Toutes ses années en vivant avec sa fille, souvent elle n'était pas disponible pour elle.

Lors d’une deuxième dépression, elle dessine une murale, une naissance, dans sa chambre. Elle consomme quotidiennement du cannabis.

Elle sortira de cette étape en entendant à la radio une invitation mentionnant un grand besoin de bénévoles auprès de personnes agressées sexuellement. Elle s'engage comme bénévole, mais, en écoutant les autres, des souvenirs douloureux reviennent et Julie se demande si elle est saine d'esprit. Un diagnostic psychiatrique s'avère toutefois négatif. Elle n'avait pas vraiment une maladie mentale. Son inceste se dévoile peu à peu et la propulse dans des relations sexuelles intenses où elle cherche à être dominée brutalement, où elle se replonge radicalement dans le rôle d’objet de l’autre.

Elle maintient un équilibre en découvrant la danse et pendant six ans, elle s'initie aux danses africaines et orientales.

Toujours dans la même époque, elle vit aussi une relation avec un autre homme, violent, mais elle le fait alors consciemment, pour aller au bout de ce qu’elle doit comprendre de sa dynamique relationnelle.

Julie résume, en guise de conclusion, ainsi les trois volets de notre colloque. Quant aux quatre tentatives de suicide, il faut y reconnaître beaucoup d'idéation: me tuer, comme une impulsion masochiste de me punir, mais aussi comme un cri pour vivre davantage. Quant à la possession, c'est la fascination de la mort qui prime, la mort qui m'habitait. Je n'avais pas de modèle de vie, j'étais dépossédée de la vie, et Dieu était pour moi comme quelqu'un qui s'était trompé d'adresse. Cela m'a pris du temps pour accepter d'être “possédée par Dieu”, de le voir comme “un père bienveillant”, et de ne plus croire ma mère qui me disait possédée par le diable. Enfin, en ce qui concerne la dépersonnalisation, j'ai appris à être responsable et à surmonter la confusion entre la vie et la mort. J'ai appris à être moi-même: une petite fille ouverte à la vie et non plus celle qui ne connaît que la violence et la mort. J'ai appris à ne plus me voir comme un objet, mais comme une personne avec sa dignité propre. Je suis debout et je suis plus proche de Jésus qui m'aide à me regarder en face.

La période de questions a permis d'éclaircir certains points. Par exemple, par rapport à Dieu, lors d'un cours sur la colère, le professeur leur avait permis d'exprimer leur colère à Dieu. Julie l'avait fait et ne s'est pas fait foudroyer par Dieu. Elle comprit alors davantage sa bienveillance. À deux périodes de sa vie, elle a eu la possibilité de s’ouvrir à Dieu mais elle s'était retirée chaque fois. Maintenant, elle entre et reste dans la “maison” de Dieu, où elle se sent de plus en plus à l'aise. Julie reste toujours très sensible aux souffrances des autres.

Pendant son séjour dans l'Ouest, elle faisait du travail à la pige à Edmonton et se rendit compte que vers cinq ou six heures le matin, des ambulanciers circulent dans les rues pour constater si les hommes couchés par terre étaient morts. Elle a pleuré ces personnes qui meurent dans la rue, victimes de préjugés, d'injustices, parce qu'on ne porte pas sur eux un regard qui va plus loin.

Elle ajoute: Être jugée par des regards blessants, a souvent coupé chez moi “un élan pastoral”, comme quand je me suis avancée vers le petit garçon mourant, ou quand je voulais consoler ma tante qui vivait un divorce et que ma mère me“ tassait”. Mais, ce n'est pas nécessaire de me décentrer de moi-même pour me centrer sur l'autre. De fait, il faut rester soi-même, rester centré en soi-même, si l'on veut bien écouter l'autre et se centrer sur lui. La technique cadre bien avec une rencontre organisée, mais en clinique privée, on n'a d'autre cadre que l'entente avec la personne pour répondre à ses besoins. Cela demande de la flexibilité avant tout et rien de préprogrammé. En écoutant vraiment l'autre, je peux découvrir la personne qui se trouve derrière les étiquettes … et l'aider à se découvrir aussi.

 Le Panel.

 

Comme premier panéliste, le Dr Daniel Bordeleau a réfléchi avec nous sur les tentatives suicidaires de Julie. À ce sujet, il a fait référence au livre de Job, où Job accepte de se faire jeter dans la mer démontée, au conte de Cendrillon (version frères Grimm) et à l'histoire de Mme B. qu'il décrit dans un livre à paraître bientôt. Il a noté une forte ressemblance entre l'expérience de Mme B. qu'il connaît très bien et Julie, qu'il ne connaissait pas du tout. Dans l'expérience suicidaire, il y a comme une nécessité de mourir, de se faire mal. Il se passe quelque chose à l'intérieur de la personne qui pousse vers la corde, les pilules, etc. Mais, au fond, il s'agit d'un “egocide” et non pas d'un suicide. Job, Mme B. et Julie se sentent comme des boucs émissaires, se font rejeter, couverts de honte, sans droit d'exister. Cendrillon est celle qui porte les cendres, l'ombre, qui n'a pas de moi personnel en contact avec la marâtre.

Une voix de l'intérieur (Dieu, le Soi) impose alors la nécessité de "mourir". Dans l'histoire de Cendrillon, sa mère était décédée et remplacée par une marâtre. Julie a fait une expérience semblable. Cendrillon reçut comme testament de sa mère mourante ces paroles: Chère enfant, reste bonne et pieuse, et le bon Dieu t'aidera toujours, et moi, du haut du ciel, je te regarderai et te protégerai. De fait, son histoire se termine bien. La mère mourante de Julie lui signifie qu'elle a dû assumer un rôle de marâtre. Cet aveu a permis à Julie de commencer une nouvelle naissance. Comme la branche de coudrier de Cendrillon, reçue de son père en guise de cadeau, qu'elle avait plantée sur le tombeau de sa mère et qu'elle arrosait avec ses larmes. Devenue un vrai arbre et habitée par des oiseaux qui servaient Cendrillon, la fille sale et crasseuse, cette branche fut le contenant permettant à Cendrillon de devenir belle et de marier son prince.

La remontée de Job a dû passer par la baleine. Mme B. a pu grandir et naître à nouveau, grâce au cadre que lui offrait son psychiatre qui était comme sa mère. Julie a commencé sa remontée, quand elle a pu rencontrer la vérité dans la bouche de sa mère adoptive.

Mme Rachel Migneault fut notre deuxième panéliste, et elle a notamment insisté sur l'importance d'accompagner la personne à tous les niveaux de l'être, notamment au niveau des sentiments, souvent liés à des forces profondes de notre psychisme et qui font peur, qui terrorisent, qu'on n'ose pas regarder en face. St-Ignace parle de trois esprits qui nous agitent: l'esprit de Dieu, produisant un effet de se sentir bien et un effet qui dure; l'esprit du mal, qui nous fait sentir mal et nous trouble fortement; l'esprit humain qui est aux prises avec des forces liées à son vécu. Julie a appris à se laisser posséder par Dieu, mais avant cela elle a vécu des possessions qui la détruisaient. L'abus sexuel, de fait, comporte quatre formes d'abus: l'abus narcissique de l'abuseur qui fait vivre sa victime dans la peur; l'abus de pouvoir qui fait éprouver l'impuissance et pousse à se protéger; l'abus sexuel, causant une perte d'identité, car on n'est pas reconnu comme une personne; l'abus de loyauté (parentale, familiale), brisant des liens et rendant difficile la confiance envers une autre personne. Mais, dans la personne qui a été "possédée" de cette façon, persiste un noyau qui aspire à la vie, cherchant à travers la mort le passage vers une résurrection. Pour accompagner une telle personne, il importe de prendre contact avec le corps, d'éveiller les sens, de donner accès à ses propres sentiments de colère, d'envie, etc. Il faut savoir accepter ses propres malaises, si l'on veut accompagner l'autre dans ses malaises. La confiance en Dieu, toujours à l'œuvre pour nous faire vivre, aide grandement.

Enfin, comme troisième panéliste, Mme Diane Marentette, nous parle d'abord un peu de son propre vécu. À six ans, elle se rend compte d'avoir un don de voyance et de clairvoyance, capable d'accompagner des âmes errantes. Elle arrête à quinze ans. Elle obtient un baccalauréat en psychologie à l'Université de St-John, New-York, et un certificat en psychoéducation à l'Université de Montréal. À vingt-cinq ans, elle donne naissance à une fille.

Pour définir le chamanisme, elle dit qu'il faut tout ramener au cœur, ramener la lueur divine au cœur. Le cœur est obstrué par tout un bagage, familial, générationnel et d’autres vies. Ce bagage est souvent très négatif, surtout à cause de ce qu'on a vécu lors de l'enfance. Il faut alors entamer un processus de “dépersonnalisation” pour faire émerger la lueur et devenir un avec l'univers, le ciel et la terre. Il faut donc accepter sa vulnérabilité, accueillir le négatif pour le transmuter en positif, en joie. Sans entrer dans les détails, Mme Marentette mentionne qu'il y a douze étapes en rapport avec tous nos sentiments et qu'il s'agit de défaire les nœuds qui bloquent le chemin vers le bonheur. La formation d’une fin de semaine permettrait de se reconnecter à la matrice divine et de commencer le chemin de dépersonnalisation afin de devenir un avec le Ciel et la Terre. Elle considère le Christ comme le chaman par excellence.

 Échanges.

Les échanges avec la personne-ressource et les panélistes débutent par l'expression d'une déception: il semble qu'on a escamoté un des objectifs du colloque, à savoir parler de nos propres malaises. Nous vivons une certaine mort ou impuissance dans nos contacts avec les personnes qui ont des problèmes de santé mentale. Une certaine peur nous habite facilement: quelle est la bonne porte d'entrée pour rencontrer cette personne. Ne risquons-nous pas d'agir mal en face d'un schizophrène, d'une personne bipolaire?

Dr Bordeleau souligne alors qu’il faut ne pas oublier que la personne en face de nous vit avec ses problèmes depuis un certain temps déjà. La possibilité de lui nuire est très faible, parce que la personne va résister et n'écoutera pas toujours les conseils qu'on lui donne. L'important, c'est de s'occuper de la personne. En face de la folie, on a peur de la folie, de sa propre folie. Il faut tenir compte de ses malaises, ne pas les nier ou les rejeter, mais leurs faire face, les considérer, et alors on peut faire quelque chose.

Mme Marentette ajoute que personne ne peut pénétrer l'aura d'une autre personne. Cependant, l'autre personne peut refléter quelque chose de nous qui nous affecte et avec lequel nous pouvons faire quelque chose par rapport à nous-mêmes.

Mme Migneault mentionne l'expérience qu'elle a vécue avec une personne bipolaire qu'elle accompagnait dans son cheminement à travers les exercices de St- Ignace dans la vie courante. Autour de Noël il arrête, car il devient délirant. Elle se demande alors s'il fallait poursuivre dans le cadre des exercices ou rester avec cette personne dans sa réalité à elle. Elle décide de l'accompagner dans son vécu. Pendant quatre ans, elles font des rencontres hebdomadaires dans un restaurant. La personne malade vivait dans une chambre insalubre, mais l'accompagnatrice s'est abstenue d'intervenir, allant au bout de son impuissance. Cela a permis à la personne malade de se prendre en main et de défendre ses droits. Souvent, de fait, nous sommes interpelés à poser des gestes, de remplacer la travailleuse sociale, etc. La personne aux prises avec des problèmes de santé mentale a sûrement des problèmes. Mais, c'est cette personne-là qui va changer. On est avec quelqu'un et on est quelqu'un. Ces deux dimensions ne sont pas interchangeables. L'autre vit dans le chaos, dans un sens à la vie déconstruit, éclaté. La première action "divine", c'est d'amener de la lumière, de retrouver le sens.

C'est vrai aussi qu'en accompagnant des gens qui vivent des maladies mentales, on a l'impression de tourner souvent en rond. Les personnes vivent toujours les mêmes choses et Julie en a fait l'expérience aussi. Mais, ce n'est jamais la même chose. Il y a toujours des plus ou des moins, et on peut toujours découvrir du nouveau. Les exercices de St-Ignace veulent donner le goût et le désir de vivre. Qu'est-ce qu'on a le goût de vivre ici et maintenant? Qu'est-ce qu'on aimerait demander à Dieu? Dieu est au fond de mon désir. Il faut oser faire des demandes. Veut-on faire le changement?

Mme Marentette parle alors du test du corps, de l'âme et de l'esprit. Le but de la vie, c'est de transmuter les sentiments. Dr Bordeleau mentionne qu'il faut savoir recevoir les répétitions. On sent l'échec, la déception. Mais, la personne qui se répète vit aussi ses sentiments. Il faut savoir que la forme de la répétition n'est pas toujours le cercle (tourner en rond), mais la spirale (on avance). Dans les contes de fées, le chiffre trois revient souvent, mais la quatrième fois produit le gros changement. Comme le prince qui a couru après Cendrillon. Comme Julie, avec ses quatre tentatives de suicide. Il faut une répétition, mais en spirale. Il est donc souverainement important de persévérer et de ne pas se décourager.

À la question finale de Claude Mailloux: « vous partez avec quoi? », on répond qu'on part avec un approfondissement, qu'on chemine en spirale. On ne s'était pas attendu à autant de convergences. Des approches très diverses, mais tous les participants convergent vers un même centre: l'écoute. Suit alors un long silence qui est enregistré comme une longue communion à une vie qui est bonne et dont nous sommes tous en quête. Nos malaises peuvent nous faire découvrir cette quête et aboutir alors à des rencontres fécondes.

 C. Boekema


P.S. Les personnes qui veulent mieux connaître le chamanisme peuvent contacter le site Internet de l’Alchimie Divine.


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