Mathias' Production 97

Retour vers ma Home-Page

Retour vers la page du BDE de Sciences-Po Grenoble








L. Walras et V. Pareto:

l'École de Lausanne



Introduction

I ) Leon Walras: fondateur de l'Ecole de Lausanne

A. Elements bibliographiques
B. L'Equilibre General

II ) Vilfredo Pareto

A. Elements bibliographiques
B. Optimum de Pareto
C. Theorie des Elites

Conclusion
Annexe
Bibliographie





Introduction:

La contribution des Marginalistes fut le remplacement de la théorie de la valeur travail par celle de l'utilité marginale... Les deux théories placent au coeur de leur analyse la question de la formation des prix . Elle repose pour les Néoclassiques sur le comportement du consommateur avec l'aide du concept de valeur à la marge, c'est-à-dire de la valeur de la dernière unité. Cette vision basée sur le comportement humain fut par la suite plus largement admise et exploitée que la valeur utilité des Classiques. C'est d'ailleurs l'utilisation du marginalisme qui marque la ligne de séparation entre Classiques et la théorie néoclassique (ou marginaliste). L'approche classique considère l'économie comme la prévision des effets engendrés par les variations de la quantité de capital et de travail sur le taux de croissance de la production nationale... L'approche marginaliste insiste plus sur les conditions sous lesquelles ces facteurs de production doivent à être répartis pour obtenir un résultat optimal en situation de concurrence - optimal dans le sens de la maximisation de la satisfaction du consommateur sous contrainte...

Ont été qualifiés de néoclassiques des auteurs qui comme les classiques (Smith, Ricardo...) voulaient montrer les avantages du libéralisme mais en adoptant une démarche différente (d'où le terme de néo). Mais tandis que les classiques accordent une grande importance aux groupes sociaux existants dans leur pays, les néoclassiques concentrent leur attention sur l'individu... L'individu est considéré comme rationnel et cherchant par nature la maximisation de sa satisfaction sous contraintes (budget...) Ils pensaient que dans une société libérée de toute entrave au niveau des échanges le bonheur commun résulterait de la recherche individuelle de son bonheur personnel. La rationalité du comportement de l'individu et la poursuite de son seul intérêt définissent l'Homo economicus qui est un modèle dans la théorie marginaliste. Fascinés par les résultats de la physique et de la mécanique, ils voulaient faire de même en économie en utilisant les outils mathématiques. Il existe trois écoles marginalistes dont l'École de Lausanne représentée par L. Walras (1834-1910) et son successeur V. Pareto (1848-1923) qui se caractérise par un formalisme mathématique poussé, les deux autres étant Vienne et Cambrigde... Même si Walras a également présenté la théorie de l'utilité marginale dans ses « Éléments d'économie pure » (1874), la préoccupation centrale de ces deux auteurs est la définition des conditions de l'équilibre général, c'est-à-dire d'un schéma d'interdépendance général des marchés de produits et des marchés de facteurs de production.

I ) Léon WALRAS (1834-1910): le père fondateur de l'École de Lausanne.

A ) Un économiste sans diplôme méconnu en France mais grand penseur en Suisse:

Né à Evreux le 16 Déc. 1834 sous le nom de Marie-Esprit-Léon Walras et meurt le 5 Janv. 1910 à Clarens près de Montreux en Suisse. Son père Auguste est à la fois philosophe, économiste et inspecteur d'académie et influencera les positions économiques de son fils et lui fera découvrir très tôt les idées de Cournot qu'il qualifiera de père de l'Économie Mathématique.

Économiste français, son ouvrage marquant « Éléments d'économie politique pure (ou théorie de la richesse sociale » (1874-77) fut l'une des premières analyses mathématiques de l'équilibre général en Économie pourtant il n'avait pas de diplômes... toute son étude reposera sur la recherche de formules mathématiques pour comprendre l'économie et faire de l'économie une science. Après deux échecs à l'entrée de Polytechnique à cause d'une mauvaise préparation en mathématiques il entre à l'École des Mines en 1854 mais quitte l'école sans diplôme. En 1858, son père le convint de dévouer sa vie à l'économie mais l'absence de diplôme lui fermera les portes de l'Université. Plus créateur que technicien il maîtrise tardivement les techniques mathématiques de maximisation... S'opposant aux privilèges liés à la propriété de la terre et avec des idées relativement radicales sur l'impôt (« De l'impôt dans le canton de Vaud », 1860), celui qui fonde le modèle central de l'orthodoxie libéral en économie est perçu comme un socialiste sur le plan politique... En 1865 il crée avec Léon Say une sorte de banque d'aide aux coopératives et après une brève tentative dans le journalisme avec ce dernier où il exprime son souhait d'une justice sociale qui corrige les inégalités de naissance, ces deux tentatives se révèlent un échec en 1868. Il cherche en économiste social une formule de répartition de la richesse sociale équitable et efficace en donnant d'avantage de ressources à l'État avec des nationalisations (terres, monopoles naturels, chemins de fer...). Apparaissant comme un hérétique, il est désapprouvé en France et malgré son amitié avec Jules Ferry et des idées novatrices pour la réforme de l'éducation populaire il n'obtient pas de poste comme professeur titulaire... C'est à Lausanne qu'il obtient en 1870 une chaire d'Économie Politique et où il passera les 40 dernières années de sa vie jusqu'en 1910.

Léon Walras est parfois présenté comme un économiste suisse tant il est vrai que sa patrie d'adoption l'a mieux accepté et reconnu que celle de sa naissance. Il est considéré comme celui qui a fondé ce qui est devenu, sous la direction de l'économiste et sociologue italien Vilfredo Pareto, l'École de Lausanne...

B ) Le modèle de l'Équilibre Général:

* Remarques sur la Loi de Walras:

En 1874, Léon Walras reprend en partie l'analyse de J.B. Say en soulignant l'identité comptable entre la somme des offres et la somme des demandes dans l'économie nationale. Du fait de la contrainte budgétaire, on ne peut acheter (demander) des biens et des services que pour une valeur équivalente au budget, on peut emprunter mais cela signifie qu'un autre agent ne "consomme" pas tout son budget... Globalement lorsque l'on considère la totalité des agents et la totalité des biens et services, l'Offre Globale et la Demande Globale sont nécessairement égales.

Cette identité est nommée Loi de Walras. Elle revient à dire que

« La valeur totale des offres étant identique à la valeur totale des demandes, si l'équilibre entre offre et demande est réalisé sur n-1 marché alors il est réalisé sur le nième marché. »

* Équilibre partiel et Équilibre général:

L'école de Lausanne fondée par L. Walras est également qualifiée de courant de « l'équilibre général ». Au sein de la théorie néoclassique deux approches existent: celle dite de l'équilibre partiel dont A. Marshall fut l'initiateur et celle dite de l'équilibre général qui reprend la démarche de Walras. L'approche par l'équilibre partiel ne s'intéresse qu'à un seul marché et suppose que les autres marchés sont figés ( « hypothèse du toutes choses étant égales par ailleurs » ou ceteris paribus). Son principal avantage est sa simplicité et la plupart des travaux en économie néoclassique font appel à ce type de représentation. Toutefois « l'hypothèse de toute chose étant égale par ailleurs » est irréalisable: le raisonnement typique d'équilibre partiel « démontre » que pour que l'embauche (sur le marché du W) augmente il faut diminuer la rémunération du W... Mais raisonner ainsi c'est oublier que le salaire est un élément essentiel du revenu des ménages et donc de la demande de biens qui elle même n'est pas sans influence sur le marché de l'embauche... La rigueur veut que l'on tienne compte de l'interdépendance des marchés comme le fait l'approche de l'équilibre général qui est d'un maniement bien plus difficile mais qui est reconnue désormais comme la seule qui soit cohérente et valable. L'approche de Marshall fut pendant longtemps la plus employé par les marginalistes du début du siècle car elle ne pose pas les redoutables problèmes au niveau de la formalisation et de la résolution mathématique de l'approche walrasienne.

* Le choix de la concurrence pure et parfaite:

Le cadre dans lequel se situe Walras est celui de l'économie pure. Il s'agit de déterminer un modèle théorique, celui de la concurrence pure et parfaite (CPP), dans lequel le fonctionnement des mécanismes de l'économie sont les plus efficaces. Elle est caractérisée par 5 hypothèses de base:

- Atomicité du marché, grand nombre de producteurs et d'acheteurs sur le marché ; aucun n'ayant un poids suffisant pour influencer les résultats du marché.

- Libre entrée, aucune entrave à l'entrée et à la sortie d'un nouvel agent sur le marché.

- Homogénéité des produits, toutes les entreprises produisent un même produit homogène c'est-à-dire considéré comme identique par les consommateurs, la concurrence ne peut se faire que sur les prix....

- Mobilité des moyens de production, Le W et le K peuvent donc se déplacer librement et sans délai d'une entreprise à une autre ou d'un marché à un autre.

- Information parfaite, tout le monde connaît en même temps et gratuitement toutes les quantités offertes et demandées par tous les agents aux prix différents.

Walras choisit comme lieu d'application de « l'équilibre général » la situation de concurrence pure et parfaite. L'objectif de Walras est de répondre à la question de savoir s'il existe un système de prix qui assure l'équilibre entre l'offre et la demande sur tous les marchés. Cette question est importante car de sa réponse dépend la capacité du marché à assurer l'allocation des ressources de façon efficace.

* La logique de l'équilibre général et ses objectifs:

Comme nous l'avons vu il existe pour Walras une interdépendance générale de tous les marchés sur laquelle repose l'approche de « l'équilibre général », interdépendance liée en ce qui concerne le consommateur à la contrainte du revenu qui rend les choix alternatifs. Ainsi la demande d'un bien est lié aux prix de tous les autres biens du marché. Cette interdépendance rend insatisfaisante une approche de l'équilibre entre offre et demande qui se situe au niveau d'un seul produit (approche de A. Marshall...).

Le problème de l'équilibre général consiste alors à démontrer qu'en économie de marché et plus particulièrement dans le cadre de la CPP:

I ) Il existe un système de prix qui assure l'égalité entre l'offre et la demande sur tous les marchés.

II ) Ce système de prix tend effectivement à se réaliser spontanément.

III ) Cet équilibre est stable.

L'ensemble de ces trois conditions si elles sont réalisées assure que le marché auto-régule l'activité économique sans chômage et sans gaspillage des moyens de production puisque tous les facteurs sont utilisés, l'offre égale la demande sur tous les marchés, y compris sur le marché du W.

* Le modèle de l'équilibre général:

Walras construit à travers un système d'équations un modèle représentant les relations d'échange sur le marché. Il existe trois marchés pour Walras: celui des produits, celui des facteurs de production et enfin celui de la monnaie

Il établit ensuite que l'on peut déterminer sur chacun des marchés des équations de demandes c-à-d. une fonction représentant l'offre et une fonction représentant la demande par agrégation des différentes demandes ou offres individuelles des agents.

De la même manière il considère que le prix de vente des marchandises tend à être égal à leur prix de revient (qui comprend l'intérêt qui rémunère le K). Cette égalité lui permet de formuler les équations de coût. Walras utilise la loi de l'offre et de la demande en situation de concurrence pour obtenir cette égalité; en effet si dans certaines entreprises le coût de revient est inférieur au prix de vente alors il en résulte un bénéfice donc les entrepreneurs affluent et/ou augmentent leur production ce qui augmente la quantité de produits et fait baisser le prix donc diminuer l'écart... le schéma d'autorégulation existe aussi dans le cas d'une perte... Dans l'approche de Walras le bénéfice (ou profit) tend à être nul. La seule rémunération du K est le tx d'intérêt inclus dans le prix de revient.

Pour intégrer l'activité de production, Walras est aussi conduit à définir des « coefficients de fabrication » qui correspondent aux quantités de « services producteurs » nécessaire pour obtenir une unité de bien donné. Après les avoir supposés fixes, Walras les prendra ensuite variables. L'offre te la demande de services producteurs sont aussi fonction du prix des services producteurs. Or le prix du capital ou du W tend à se fixer au niveau de la productivité marginale de chacun de ces services producteurs. En même temps, les quantités de services producteurs demandées sont aussi fonction du prix des biens finaux. L'ensemble de ces éléments permet de construire les équations relatives aux services producteurs.

Rmq: Dans le modèle de Walras la monnaie est neutre en ce sens que la quantité totale de monnaie en circulation n'exerce d'influence ni sur les prix relatifs des produits les uns par rapport aux autres, ni sur le niveau de l'offre et de la demande de produits. La monnaie n'est pas souhaitée pour elle-même...

* Le théorème de l'équilibre général:

Walras estime que le système a une solution et qu'en conséquence, il existe un système de prix qui assure l'équilibre général... car on obtient un système à n équations et à n inconnues; toutefois l'une des valeurs est connue, en effet le prix de la monnaie (le numéraire) est par définition égal à 1 puisqu'il constitue l'unité de compte dans laquelle sont exprimés les prix de tous les autres biens et services. Le théorème de l'équilibre général pourrait s'énoncer dans les termes suivants:

« A l'état d'équilibre général du marché, les m(m-1) prix qui règlent l'échange de m marchandises deux à deux sont implicitement déterminés par les m-1 prix qui règlent l'échange de m-1 quelconques d'entre ces marchandises avec la meme. Autrement dit on peut définir complètement la situation du marché en situation d'équilibre général en rapportant les valeurs de toutes les marchandises à la valeur de l'une d'entre elles. cette dernière marchandise s'appelle numéraire. »

Léon Walras in « Éléments d'économie politique pure » (1874).

On a vu dans le modèle de l'équilibre général que la flexibilité des prix sur un marché en situation de concurrence assurait l'équilibre entre offre et demande. Se pose alors le problème de savoir comment peut se réaliser concrètement cet ajustement par les prix, alors que l'hypothèse de CPP implique que chaque agent ajuste son comportement en matière d'offre et de demande en fonction des prix du marché. Par analogie avec les marchés financiers où le problème est effectivement résolu par l'intervention d'une sorte de crieur qui fixe un premier prix provisoire pour tester les réactions du marché, puis ajuste sa proposition de prix en fonction de l'importance des offres et des demandes au premier prix, Walras imagine qu'un mécanisme fictif similaire permet aux différents marchés de s'ajuster. C'est le tâtonnement walrasien.

*Les hypothèses du système de Walras: Voir Annexes.

II ) Vilfredo Pareto (1848-1923): maximum d'ophélimité et scepticisme social.

A ) Éléments de bibliographie:

Né à Paris le 15 Juill. 1848 Vilfredo Pareto meurt à Genève le 20 Aug. 1923. Économiste et sociologue italien il est connu pour son concept-clé d'optimum de Pareto en économie pure et sa théorie des Élites en économie appliquée. D'un père génois et d'une mère française il retourne en Italie à l'âge de 10 ans.

Diplômé de l'Université de Turin en 1869 où il a étudié les Mathématiques et la Physique avec une thèse sur l'équilibre des corps solides. Ingénieur il dirige une compagnie de chemins de fer puis une grande entreprise métallurgique en Toscane. Il étudie aussi la philosophie, la politique et rédige plusieurs articles où il utilise déjà l'outil mathématique pour analyser des problèmes économiques. Libéral et doctrinaire il rentre à la Société Adam Smith et combat pour le libre-échange dans un pays suivant la voie du protectionnisme. Par deux fois il tente d'être élu au Parlement mais subit deux échecs ce qui le convint de la corruption des bureaucrates et des gens de pouvoir; on peut aussi y voir une des causes de son rejet de la démocratie et sa sympathie pour la théorie des élites.

Ce n'est que tardivement qu'il découvre l'économie pure et autour de 1890 il se livre à la lecture de Cournot, d'Edgeworth et de Walras où il découvre le concept d'équilibre général et des courbes d'isosatisfaction... En 1893 il est choisi pour succéder à Léon Walras dans la chaire d'économie politique à l'Université de Lausanne, il peut dès lors se consacrer à l'économie pure qu'il veut étudier avec la même démarche scientifique que la physique. Son premier ouvrage (48 ans) est un « Cours d'Économie Politique » (1896-97) qui contient sa fameuse loi de distribution des revenus; très souvent critiquée elle est le résultat d'une formulation mathématique relativement complexe et tend à prouver que la répartition des richesses au sein de la Société n'est pas le résultat du hasard mais qu'elle se retrouve tout au long de l'histoire et dans toutes les sociétés... Dans « Les systèmes socialistes » (1900-02), il oppose les mythes socialistes agissant sur les sentiments aux doctrines libérales qui elles font appel à la logique et à la raison et donc plus difficile à faire pénétrer parmi les masses. En 1906, il rédige un « Manuel d'économie politique », ouvrage marqué par le concept de l'Homo economicus guidé par son seul intérêt égoïste. C'est à partir des travaux de Walras qu'il expose dans ce livre ses réflexions sur l'équilibre général et les concepts de base de l'économie du bien-être. Mais peu à peu sa réflexion glisse de l'économie pure (qui ne peut tout expliquer) vers l'économie appliquée et la sociologie... Sociologue controversé il élabore une théorie du comportement avec des résidus (éléments psychologiques de base qui donnent des fondements non logiques au comportement: sentiments et instincts...) et des dérivations (manifestations du besoin de raisonner qu'éprouve l'homme pour expliquer son comportement, ses résidus...).

Vers la fin de sa vie il adopte des positions fort contrastées sur la montée du fascisme en Italie: en Juillet 1923 il salue la naissance d'un gvt autoritaire et antidémocratique dont « jusqu'ici, les effets ont été bons ».Il réprouvera ensuite les restrictions à la liberté d'expression. Nommé sénateur du royaume en 23 il préfère renoncer à sa nationalité italienne pour devenir citoyen de Fiume. Il meurt dans une Italie fasciste qui récupère sa théorie des elites.

B ) L'optimum de Pareto ou maximum d'ophélimité:

Avant la publication de son ouvrage "Cours d'économie politique" (1896-97), les économistes ne s'étaient pas interrogés sur la réelle possibilité d'additionner des utilités individuelles pour obtenir une mesure de la satisfaction collective... Or nous savons tous que l'on ne peut additionner des carottes et des choux. Additionner des utilités implique que l'on puisse leur donner une valeur numérique, cardinale or Pareto considère cela comme irréalisable car chacun est seul juge de sa satisfaction et que cette dernière dépend de nombreux facteurs (moment, durée...) donc on ne peut procéder à des comparaisons interpersonnelles (entre des individus différents). C'est une rupture dans les pratiques des économistes travaillant aussi sur l'utilité puisqu'il effectue une séparation entre les comparaisons interpersonnelles d'utilité et les comparaisons intrapersonelles... Malgré la difficulté Pareto va chercher des modes de comparaison pour déterminer l'optimum de satisfaction sans brimer les individus ou faire intervenir un être suprême (Dieu, Grand Horloger...).

Dans son ouvrage "Cours d'Économie Politique", Pareto nous présente le terme d'ophélimité comme étant plus ou moins semblable à la valeur d'usage, ou plus exactement comme le "rapport de convenance entre l'homme et l'objet". On ne peut que réaliser un classement, une échelle de préférence du meilleur au pire de cette ophélimité. Pareto propose dans son "Manuel d'Économie Politique" comme Edgeworth de réaliser des "lignes d'indifférence" des goûts qui seront largement utilisées par la suite et qui permettent de se débarrasser des difficultés liées à l'utilité cardinale.

Courbes d'indifférence des agents A et B

A partir des utilités ordinales intrapersonnelles Pareto va élaborer un concept d'économie pure (c.-à-d. une première approximation de l'économie avec un haut niveau d'abstraction semblable aux sciences physiques ou mathématiques, par référence à la mécanique pure... différente de l'Eco. appliquée: séparation réalisée par Walras) qui sera connu sous le nom d'optimum de Pareto. Une situation A sera préférée à une situation B selon le critère de Pareto si tous les individus sont au moins aussi bien en A qu'en B et qu'un ou plusieurs sont mieux en A qu'en B. Après avoir raisonné en économie d'échange puis dans une économie de production V. Pareto montre qu'il existe dans une situation de concurrence un optimum commun aux producteurs et aux consommateurs et cet optimum est indépendant de l'organisation de la Société et du statut de la propriété des moyens de production.

Zone des échanges avantageux possibles

L'optimum de Pareto est une généralisation des résultats que nous avons obtenus pour une économie d'échange. L'optimum de Pareto est atteint lorsqu'il n'est pas possible en situation de concurrence d'améliorer la situation d'un individu (d'un agent) sans diminuer le bien-être d'au moins un autre individu... Tant qu'il est possible d'accroître par la réallocation des ressources la satisfaction ou ophélimité de certains sans nuire à d'autres, le critère du maximum d'ophélimité n'est pas atteint.
Il faut toutefois remarquer que ce maximum d'ophélimité n'est pas unique bien au contraire... sa définition récuse l'existence d'un optimum unique et met à la place un nombre infini d'optimum qui ne peuvent être comparés. Le très libéral V. Pareto observera dans son ouvrage "Manuel d'Économie Politique" (ch6.61) qu'en théorie un optimum de Pareto peut être atteint aussi bien grâce à une planification parfaite que grâce à une concurrence pure et parfaite (cf. les conditions contraignantes de Walras)... On peut remarquer que même si la concurrence parfaite régnait sur les marchés la satisfaction du critère parétien nécessiterait des conditions supplémentaires comme l'absence de "biens collectifs" (car leur consommation est indivisible: éclairage public...) ou "d'effets externes" (car causés par des agents mais non compensés par le marché: pollution...). Le libre jeu de la concurrence ne permet donc pas la réalisation du critère parétien et ce constat suggère l'intervention des pouvoirs publics contre le "laissez-faire" cher aux libéraux.

Il faut remarquer aussi qu'optimum de Pareto n'implique pas un optimum social: une situation dans laquelle 9 personnes sur 10 ont à peine de quoi vivre et un 10ème vit dans l'abondance peut être un maximum d'ophélimité sans être un modèle de bien-être pour la Société. De plus l e critère parétien est neutre vis-à-vis des jugements de valeurs sur le caractère juste ou injuste d'un système économique, ainsi certains utiliseront cet outil fondamental de l'analyse économique avec des positions idéologiques différentes de celles de Pareto.

Rmq: A partir des découvertes de Pareto, et à l'aide de l'équilibre général (qui est un optimum de Pareto) on obtient les deux théorèmes qui sont à la base de l'économie du bien-être:

* Tout équilibre général est un optimum de Pareto

* A tout optimum de Pareto, il est possible d'associer un système de prix tel qu'il s'agisse d'un équilibre général.

C ) La théorie des Élites et la répartition des revenus:

Partant du constat que certains problèmes ne peuvent être résolus par l'économie, V. Pareto se tourne vers la sociologie et écrit son « Traité de Sociologie Générale » (1916) dans lequel il réfléchit sur les bases et la nature des actions individuelles et sociales. Il réfléchit alors dans le domaine de l'économie appliquée... Les analyses de Pareto sur les revenus et les élites ont largement accrédité l'idée d'un sociologue réactionnaire... Si la démarche reste rigoureuse elle part de constats a priori fort contestables: la constance de la distribution des compétences quelle que soit la société et le moment de l'histoire, donc quels que soient les efforts d'éducation. Il défend des théories élitistes selon lesquelles le pouvoir d'état est, dans toutes les Sociétés y compris les Sociétés contemporaines, l'objet d'un combat entre les seules élites... La masse n'exerce pas ou peu de contrôle. Le gvt par le peuple est un mythe: avant d'aller plus loin il faut se rappeler de son double échec comme représentant au Parlement comme une des causes expliquant son rejet de la démocratie et sa sympathie pour la théorie des élites... Le sys. représentatif est considéré comme un moyen de manipulation des masses par l'élite, le peuple ne choisit pas. L'élite use de coercition, de contrainte, de manipulation et de sa position dans le but premier de conserver son pouvoir et ses privilèges. Elle privilège ses clients, ses relations, ses amis. Elle vit de l'idéologie qui vise à persuader la masse qu'elle est bonne, supérieure et faite des meilleurs. Toutefois on observe un lent déplacement des élites: dans toute société il y a pour Pareto une séparation entre classes inférieures et supérieures avec un processus plus ou moins lent de circulation des élites. Il propose dans son « Traité de Sociologie Générale » d'attribuer des indices à chaque individu en fonction de ses capacités (millionnaire:10, celui qui survit:1, le mendiant:0.). Tous ceux qui ont un indice important forme l'élite. Élite qu'il divise en deux entre élite gouvernementale (qui possède le pouvoir politique) et élite non gvtale. « La classe gvt est entretenue non seulement en nombre mais aussi en qualité par les familles qui viennent des classes inférieures et qui lui apportent l'énergie nécessaire à son maintien au pouvoir. Par cet effet de lente circulation, l'élite gouvernementale est dans un état de lente et continue transformation et de temps en temps on observe de brusques et violentes perturbations, semblables aux inondations d'un fleuve... L'histoire est un cimetière d'aristocratie. » (in « Traité de Sociologie Générale » )

Des études statistiques réalisées en France, Allemagne, Angleterre... au milieu des années 1890 ont débouché sur une loi de répartition des revenus assez simple connue sous le nom de courbe des revenus de Pareto (1896) avec une équation du type:

Log (N) = Log (A) - & Log (x)

qui revient à: N = A / x& (I)

avec x, un certain revenu.

avec N, le nombre de revenus qui seront égaux ou supérieurs à x.

avec A, une constante.

De I on déduit une fonction de type hyperbolique qui est la répartition des revenus. Cette répartition pour Pareto n'est pas en forme de cloche mais plutôt en forme de pointe de flèche... Considérant que la répartition des revenus n'est pas l'effet du hasard Pareto énonce une sorte de loi d'airain de l'inégalité : « toute modification apportée à certaines parties de la courbe se répercute sur les autres parties et finalement la société reprend la forme accoutumée... ».Pareto fait donc preuve d'un véritable scepticisme social donnant des arguments aux conservateurs.

Ces thèses discréditent les démocraties et appuient indirectement les théories fascistes alors montantes.

Conclusion:

Cournot pensait que le problème de l'équilibre général dépassait les ressources mathématiques. Le génie de Walras réside non seulement dans sa tentative de résoudre le problème que Cournot avait envisagé mais aussi dans la façon avec laquelle il a montré qu'il était possible de le résoudre, au moins en principe. Pour M. Blaug Walras est dépourvu de la finesse mathématique d'un Cournot ou d'un Marshall et sa démonstration est non seulement maladroite mathématiquement mais encore ambiguë et inachevée. Cependant l'ensemble de sa réflexion a conduit certains commentateurs à attribuer à Walras l'achèvement suprême de la science économique théorique. Pour Schumpeter , les «Éléments d'économie politique pure» de Walras ne sont rien de moins que le Magna Carta de la science économique exacte...


Annexes

* Les principales hypothèses du modèle d'équilibre général de Walras

Le système de Walras repose sur une série d'hypothèses qu'il convient de bien distinguer les unes des autres... Les principales hypothèses du modèle d'équilibre général de Walras

° Le choix du cadre de la CPP et du comportement rationnel du consommateur...

° Les caractères internes du modèle: neutralité de la monnaie, rendements d'échelles constants, flexibilité des prix parfaite...

° Le mécanisme d'ajustement par recours à un « commissaire-priseur » fictif... la difficulté tenant au fait que l'annonce d'un prix ne doit pas se traduire par des échanges tant que les prix d'équilibre ne sont pas atteints.

° Le profit tend à être nul, offre et demande s'ajustent toujours, les fonctions d'offre et de demande sont obtenues par l'agrégation des fonctions d'offre et de demande des différents agents...


Bibliographie indicative

BASLE M. (sous la dir.), «Histoire des Pensées Economiques: les Fondateurs», Coll. Sirey, 2e Ed., 422 p., 1993.

BLAUG M., «La Pensée Économique , origine et développement», Economica, Ed. fr., 851 p., 1981.

BONCOEUR J. «Histoire des Idées Economiques, Tome 2 » THOUEMENT H., Coll. CIRCA, Ed. Nathan, 255 p., 1992.

BREMOND J., «Les Économistes Néoclassiques», Hatier, 2 e Ed., 250 p., 1990.

ENCYCLOPEDIA BRITANNICA, Version CD-ROM Angl., 1995.

GENEREUX J., «Economie Politique: 1. Micro-économie», Les Fondamentaux, Hachette Supérieur, 2e Ed., 160 p., 1995.

GUERRIEN B., «L'Économie néoclassique», Coll. Repères, La Découverte, 127 p., 1991.

SAMUELSON A., «Les Grands Courants de la Pensée Économique», Coll. Libres-Cours, PUG, 4e Ed., 535 p., 1995.


Last Updated 21-Janvier-97. mathiasgantelet@hotmail.com

Copyright © Mathias G. 1996 Inc. No rights reserved *POUF*...